L’Agence du doute  — Catherine Guiral, Brice Domingues, Jérôme Dupeyrat

«Pot-pourri & Bis», une conversation piece par l’agence du doute

Assemblage de divers textes, le pot-pourri en littérature convoque a priori une situation de désordre. Pourtant dans cette hétérogénéité se trame peut-être un enchaînement, guidé par l’idée du re–. Re-composer, re-assembler, re-monter.  «Si la forme est la possibilité de la structure, elle est avant tout gourmande». Partant de cette citation de l’éditeur Gérard Berréby et de la situation de retour/retournement qu’implique le fait de parler de son travail, l’agence du doute re-lira (et reliera) des extraits des différents Crystal Maze produits à ce jour.

www.agencedudoute.org

L’agence du doute est une entité collective à géométrie variable, fondée par Brice Domingues, Jérôme Dupeyrat et Catherine Guiral. L’un de ses principaux modes de diffusion est un dispositif nommé Crystal Maze, qui conjugue les formes et les principes de la conférence, du montage, de la projection, de l’exposition et de l’édition. L’agence se livre ainsi à une recherche consacrée aux livres, à l’édition, et à tout ce qui s’y rapporte par des prismes divers que sont par exemple la lecture, le graphisme et le cinéma.


Béatrice Fraenkel

Actes décriture : scènes, situations, évènements

L’acte d’écrire est volontiers théâtralisé. Certaines scènes peintes, décrites, mimées hantent notre imaginaire et nourrissent malgré nous une conception idéalisée, hiérarchisée et dogmatique de l’écriture. L’observation des situations d’écriture est récente, elle a bouleversée nos préjugés, nos savoirs, nos appétits de connaissance.  Un nouvel univers s’est ouvert mêlant écrits savants et ordinaires, écrits d’action et de création, écrits collectifs et privés. Ce changement de perspective scientifique est porté par des évènements majeurs, des mutations technologiques aux inventions de pratiques d’écriture mondialisées comme les graffitis contemporains.   

Béatrice Fraenkel, directrice d’études à l’EHESS (Paris), anime la chaire d’Anthropologie de l’écriture. Son enseignement et ses recherches s’inscrivent dans une approche pragmatique de l’écriture depuis son premier ouvrage La Signature, Genèse d’un signe (Gallimard 1992). Elle a notamment publié : (dir.) Illettrismes. Approches historiques et anthropologiques, Ecritures IV, (Paris 1993) ; Langage et Travail, Communication, Cognition, Action (avec Anni Borzeix, Paris, CNRS, 2001) ; Les écrits de Septembre, New York, 2001, (Paris 2002) ainsi que plusieurs articles critique sur la théorie des actes de langage d’Austin : « Actes d’écriture : Quand écrire c’est faire » in Langage et Société (2007) ; « Actes oraux, actes écrits : la performativité à l’épreuve de l’écriture », Etudes de communication, (2006). Elle a été co-commissaire de l’exposition « Affiche-Action : quand la politique s’affiche dans la rue » à la BDIC (Hôtel des Invalides nov2012-fevrier2013) et co-auteur du catalogue (2012). Elle dirige plusieurs projets de recherche sur les « écritures exposées » dans les espaces urbains.


Emmanuel Guy

La situation : un art sans avenir de la stratégie

La « situation » telle que définie par le corpus des textes situationnistes reste une notion floue – et pour cause, elle est d’abord une pratique, sinon un projet. Toute définition nette figerait ses produits en œuvres. Pour envisager cette notion du point de vue du design, on se propose de considérer deux objets situationnistes en situation : les imprimés produits et mis en circulation par le groupe, et le Jeu de la guerre imaginé par Debord et destiné à la pratique de la pensée stratégique.

Emmanuel Guy est enseignant-chercheur en histoire de l’art et du design à Parsons Paris, The New School, où il dirige un master en Histoire du Design. Auteur de plusieurs ouvrages collectifs autour de Debord et des situationnistes (dont Guy Debord : Un art de la guerre, BnF/Gallimard, 2013, La Fabrique du cinéma de Guy Debord, Actes Sud, 2013, et Lire Debord, L’Échappée, 2016), il prépare actuellement un ouvrage consacré au Jeu de la guerre de Guy Debord à paraître en 2018 aux éditions B42.


Philippe Millot

Fable

Il était une fois, pas deux.

Dans l’ensemble, Philippe Millot vit à Paris. Ailleurs, ils dessinent des livres. Ils dessinent aussi des signatures. Ils dessinent encore des cravates et des oiseaux. Des lectures. Des histoires pour les enfants. Signé: SpMillot.


Vivien Philizot

Situations visuelles — Le designer en cartographe

Harry Beck, connu pour avoir dessiné le plan schématique du métro de Londres adopté en 1933, et quasiment inventé un modèle du genre, propose à la fin des années 1930 à la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris, ancêtre de la RATP, un nouveau plan du réseau de métro, sur le modèle du précédent londonien. Ce nouveau plan ne sera jamais adopté par ses interlocuteurs, pas plus qu’une deuxième version datant de 1951. Quelques années plus tard, en 1955, Guy Debord compare, dans la revue littéraire belge Les lèvres nues et au détour d’une phrase, la beauté des ports peints par Claude Lorrain avec les plans du métro affichés dans Paris, tout en précisant que « la beauté nouvelle ne peut être qu’une beauté de situation ».

Debord n’a pas encore sous les yeux le diagramme que nous connaissons de nos jours, cette forme visuelle inspirée du travail de Beck que le design moderne a donné à nos déplacements urbains, délaissant la topographie au profit de la topologie, privilégiant l’efficacité, la rapidité et la concision. Tout semble d’ailleurs opposer ce modèle véhiculaire des quelques exemples de cartes psychogéographiques situationnistes. Le premier vise à rationaliser les déplacements, à les rendre efficaces, rapides, lisibles ; les secondes tendent à l’inverse à encourager la dérive, la flânerie et la déambulation poétique. Si ces deux propositions visuelles ont des fonctions symétriques, la seconde se présentant comme l’antidote, le contrepoint, la contre-opération de la première, elles sont aussi deux manières de construire non pas l’espace urbain mais notre rapport à cet espace, deux manières de nous mettre en situation, de nous situer par les moyens visuels bien connus des designers graphiques, dont le goût pour les cartes n’est pas à démontrer.

Mais en quoi l’expression « situations visuelles » peut-elle décrire quelque chose de notre expérience contemporaine des images et des signes ? En quoi permet-elle de comprendre notre rapport au design graphique ? La figure du designer en cartographe peut bien nous apprendre quelque chose à ce sujet, encore faut-il entendre la carte comme une métaphore, moins rapportée à un espace topographique qu’à un espace symbolique.

www.vivienphilizot.com

Vivien Philizot est docteur en arts visuels et designer graphique. Il enseigne à l’Université de Strasbourg en Master design. Il a soutenu en 2016 une thèse intitulée « La construction du champ visuel par le design graphique. une épistémologie du regard. » Cette thèse se situe au croisement des champs du design graphique, des études visuelles, et de l’épistémologie. Elle interroge la dimension politique du regard, au travers d’une histoire critique de la modernité en design graphique.


Syndicat —
Sacha Léopold,
François Havegeer

En profiter pour Faire des choses

En 2015 François Havegeer, Sacha Léopold et Kevin Lartaud créent Empire. Ils y produisent des objets imprimés avec des images sur les images et dans les textes. Il sera question, lors de cette rencontre, de poser un regard critique sur le fait d’imprimer une revue spécialisée dans un domaine qui se regarde déjà beaucoup trop mais aussi de présenter un travail sans hiérarchie.

www.s-y-n-d-i-c-a-t.eu

Sacha Léopold et François Havegeer nés respectivement en 1986 et 1987, travaillent à Paris sous le nom de Syndicat depuis 2012. Ces deux graphistes fondent la maison d’édition Empire en 2016 avec Kévin Lartaud au sein de laquelle ils rééditent la Norme graphique de la NASA (2016) et collaborent avec l’artiste Yonatan Vinitsky à la conception de l’ouvrage The middle of the world (2017). À partir d’octobre ils éditeront la revue bimensuelle Faire, revue critique et analytique des formes et activités liées au graphisme. Syndicat a également réalisé le commissariat d’expositions telles que «Monozukuri: formes d’impression» (2012), «Monozukuri: façons et surfaces d’impression» (2013), «Grapus, exposition sur un collectif de graphistes» (Esad Amiens, 2015), et participé à des expositions telles que «Les Magiciens de la terre, retour sur une exposition légendaire» (Centre Pompidou, 2014), «L’usage des formes» (Palais de Tokyo, 2015) ou «Ne te retourne pas» (MABA, 2016).